DANS L’OBSCURITÉ, À LA RECHERCHE DE LA VIE
Au printemps, le travail s’intensifie. Dès que les températures remontent, Moritz et son équipe enfilent leurs bottes, ajustent leurs lampes frontales et s’aventurent dans les marais, seuls ou en petits groupes.
Ils cherchent des eaux peu profondes, qui se réchauffent rapidement — des lieux propices à la ponte. « Quand on trouve le bon endroit, il y a de fortes chances d’y trouver des pontes », explique Moritz. « Mais le chant des mâles ne s’entend qu’à quelques mètres. » La recherche demande donc intuition et expérience.
Car la vie des grenouilles s’anime surtout à la tombée de la nuit. Dans l’obscurité, elles se font plus audacieuses. Leur chant s’intensifie.
Pour l’équipe, chaque sortie devient une immersion. « J’adore les nuits dans les marais », confie Moritz. « Les sons, l’ambiance… essayer de deviner quel animal appelle. Je recommande à tout le monde de s’arrêter près d’un étang en mai, au coucher du soleil : on assiste à un véritable concert. »
Pour que ce concert puisse perdurer, les pontes collectées sont transférées dans une station d’élevage. Là, à l’abri des prédateurs et dans des conditions optimales, les têtards se développent. « Dans la nature, seuls quelques individus survivent. Chez nous, près de 99 % atteignent ce stade. »
Une fois suffisamment développées, les jeunes grenouilles sont relâchées dans leur milieu d’origine ou à proximité. À long terme, l’objectif est plus ambitieux : créer de nouveaux points d’eau et y réintroduire des populations.
Mais la nature prend son temps. Après l’éclosion, les grenouilles se dispersent en étoile, parfois sur plusieurs kilomètres. Seule une partie revient vers son point d’origine. « Sinon, les amphibiens ne se seraient jamais répandus », rappelle Moritz.